apprendre à, TRANSMISSION — 27 avril 2019 at 15 h 20 min

#2. Shabunda, territoire oublié

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Le poison culturel savamment inoculé dès la plus tendre enfance, est devenu partie intégrante de notre substance et se manifeste dans tous nos jugements.

Cheikh Anta Diop

Les défis à relever pour l’éducation des Jeunes à Shabunda

I. LES DÉFIS

La situation géopolitique du territoire de Shabunda : l’enclavement des agglomérations (localités et villages) est  un obstacle majeur pour l’éducation des jeunes des recoins du territoire d’où l’implication tout azimut de tout est à implorer, chacun en ce qui le concerne ;

Le contexte sécuritaire compliqué est perturbant ;

Shabunda a un sol sablonneux très riche pour l’agriculture: ce sol contient d’importantes richesses minières (or, cassitérite, Coltan…). Suite à l’exploitation minière, la plupart des jeunes se retrouvent dans des carrières (site minier) et contre toute attente ce sont la plupart des fois de tous petits (mineurs d’âge) qui s’y trouvent ;

Les quelques bonnes  écoles laissées par les missionnaires ont du mal à assurer une bonne éducation : pas d’enseignants qualifiés ou s’ils existent, ils ont pris l’âge de la retraite il y a belle lurette, pas des bibliothèques, …

L’éducation de base au niveau de la famille n’est pas assurée par les parents qui préfèrent, jusqu’au 21ème siècle, garder leurs Enfants dans des considérations plus coutumières. Exemple : faire marier clandestinement les jeunes Filles mineures d’âge puisque c’est la coutume qui l’exigerait ;

Au niveau des institutions (3) supérieures : manque des professeurs, pas de bibliothèques, des assistants devenant Professeurs qui “connaissent” tout et qui se hasardent dans tous les domaines, pas d’infrastructures appropriés.

C’est dans ce contexte, nonobstant tous les autres constats astringents, que nous nous sommes mis à réfléchir sur les défis à relever par les ECF Solutionneurs dans le cadre de ECF Shabunda.

Nous risquons d’affirmer sans risque de nous tromper qu’il s’agirait d’un complot nationale et/ou international contre ce territoire et en particulier contre les jeunes shabundiens.

En effet depuis 2013, nous encadrons les jeunes du territoire de Shabunda, nous vivons avec eux et subissons les affres de la guerre et de l’injustice sociale. Rappelez-vous que c’est le seul territoire de la RDC qui est totalement délaissé, oublié et par nos autorités et par la communauté internationale.

Oublié par les autorités

Pas d’administrateur de territoire (nous sommes en 2017), une des 2 chefferies en l’occurrence la chefferie de Wakabangu où l’État n’existe pas (pas d’impôts ni taxes… pas de police de circulation…). Chose grave, même pour l’armée qui généralement ne se voit que dans les grands centres, c’est un régime d’intérimaire continu. L’État de non ÉTAT confirmé, la plupart des villages du territoire contrôlée par les Raïa-Mutomboki , une milice locale. Pas de route reliant ce territoire aux territoires voisins (Pangi, Mwenga, Kabare). Un véritable Far West. L’exploitation minière se fait en dehors de toute législation et normes internationales.

Oublié par la communauté internationale

Malgré la présence depuis plusieurs années des casques-bleus (MONUSCO), aucun changement sur le plan sécuritaire ni humanitaire ; d’ailleurs la plupart d’ONG internationales qui venaient en aide aux jeunes n’ont plus de financement depuis plus de 4 ans.

Les mêmes casques bleus dont certains sont impliqués dans l’exploitation sexuelle des jeunes filles, l’exploitation minière et même la vente d’armes aux miliciens. Il ne se passe pas une nuit sans qu’il y ait des morts, des blessés, de viol mais il est rare d’entendre ou de lire dans la presse internationale les informations relatives à ce territoire. Nous risquons d’affirmer  sans risque de nous tromper qu’il s’agirait d’un complot national et/ou international contre ce territoire et en particulier contre les jeunes shabundiens.

Dans ce contexte, parler d’une bonne éducation des jeunes est un pari difficile à gagner mais étant ECF Solutionneur ce n’est pas impossible.

QUELS SONT ALORS LES DÉFIS À RELEVER ET QUELLES PISTES DE SOLUTIONS POUR SHABUNDA?

Une partie de #ECF Shabunda

Il est notoirement connu que la sécurité, la lutte contre la pauvreté, le rétablissement de l’autorité de l’État, la moralisation du secteur d’enseignement, la responsabilisation et de la famille et des Enfants, la réglementation du secteur minier… sont à mettre à l’actif de tout Solutionneur.

  • En épinglant la sécurité, point n’est besoin de rappeler qu’il est difficile d’éduquer les jeunes qui chaque semaine, mois, année doivent se déplacer à cause des guerres imposées et acceptées. Encore moins aisé la formation de tout petits qui ne connaissent par cœur que les différents crépitements de telle ou telle autre arme ;
  • La pauvreté devenue normale en RDC est de plus en plus accentuée dans un territoire où les parents incapables d’assurer le minimum possible de survie de la famille : je vois tous les matins des jeunes garçons et filles (de 5 à 17 ans) chargés de fardeaux au dos  parcourant de dizaines de kilomètres, n’est-ce pas un crime contre ces jeunes ?
  • Vu l’étendue du territoire et l’insécurité, il est difficile d’évaluer le nombre d’Enfants scolarisés mais il nous semble que 70% d’Enfants du territoire passent des journées aux champs et à la chasse.

La plupart des cas de viols se soldent par des arrangements en familles et la fille est déplacée vers le village du violeur.

  • En parlant de l’autorité de l’État, il ne suffit pas de faire d’études en Sciences administratives pour affirmer que ceux qui se disent autorités politico-administratives de ce territoire, en dehors du chef lieu du territoire qu’ils ont toutes les peines du monde à administrer.
  • C’est de l’amateurisme à outrance. Des autorités qui passent leur temps à la recherche d’exploitants clandestins de minerais. Comment exiger à la population de payer les taxes et impôts quand elle ne sent pas la présence des autorités devant les multiples violations de droit de l’homme, les viols des mineures d’âge, le pillage des ressources… qui se font sous la barbe de ces soi-disant autorités ?  
  • Moraliser le secteur de l’enseignement, car à Shabunda le seul métier accessible à tous est l’enseignement. Tout aventurier peut se prévaloir le titre de professeur ou enseignant et cela dans tous les domaines.
  • Parmi les violeurs d’élèves les enseignants sont les premiers. Il y a 2 ans nous mettions à défi n’importe qui de trouver une jeune fille qui garde encore sa virginité dans nos écoles primaires et secondaires. C’est si rare, et presqu’impossible (à partir de la  3ème année primaire les filles connaissent déjà les hommes et cela si ce n’est pas l’enseignant c’est le cousin, le neveu). La plupart des filles que nous retrouvons aux humanités sont des filles-mères ou les traumatisées de viol.

… des jeunes filles âgées entre 10 et 16 ans

  • Les parents. Même si la pauvreté est la raison principale de leur abandon, certains parents de Shabunda pêchent par le raisonnement qui voudrait que les Enfants de Shabunda ne suivent pas l’évolution du monde. On est plus coutumier que réaliste.
  • Convaincre les parents sur le fait que le mariage précoce est illégal n’est pas aisé. Parler de toutes les filles à l’école, un tabou. La plupart des cas de viol se solde par des arrangements en famille et la fille est déplacée vers le village du violeur dans certains cas.
  • Quant aux jeunes qui assistent impuissants devant tout ce qui se passe, il est temps pour les ECF Solutionneurs de trouver les astuces pour les ramener à leur propre responsabilité : partage d’expérience, des textes, documentaires projetés, livres, …
  • Le secteur minier est la cause de la déperdition scolaire et de trop d’abus sexuel des jeunes actuellement à Shabunda. Vu la pauvreté, plusieurs jeunes garçons s’adonnent à la recherche des minerais dès les bas âges. D’ailleurs ils nous narguent aux yeux que nous perdons notre temps nous qui allons à l’école.

Depuis 2015 c’est l’enfer : avec l’exploitation d’or  par DRAGUES sur la rivière ULINDI, il est constaté que la plupart des prostituées sont des jeunes filles âgées entre 10 et 16 ans et selon les statistiques de la Zone de Santé ce sont les mêmes filles de cette tranche d’âge qui « mènent la course par rapport » aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. On trouve de tout, même les militaires et les policiers y sont impliqués.

II. QUELQUES PISTES DE SOLUTIONS

Telle qu’indiquée précédemment, tout est biaisé dès le départ par le fait que l’État semble ne pas exister. Cependant, le ECF Solutionneur est obligé de faire abstraction de cet aspect pour travailler directement avec les jeunes et les Enfants.

La première réunion que nous avons eue avec quelques jeunes nous a valu contre tout entendement la visite de quelques services de l’État qui nous ont exigé des taxes à payer: vous êtes en face des chasseurs de prime qui ne veule pas de l’évolution des jeunes. L’État doit exister.

  • Avec l’existence de l’État,  le secteur minier fonctionnera dans les normes ;
  • Il faut réactiver les inspecteurs d’école, actuellement les écoles fonctionnent sans inspecteurs ;
  • Le recrutement d’enseignants ne doit pas être tribalisé, la compétence et la probité morale doivent être la priorité;
  • La poursuite de sensibilisation des parents, car même en cultivant ils sont capables de payer la scolarité de leurs Enfants ;
  • Le plaidoyer au niveau national et international pour l’acquisition gratuite des Livres, la construction des Bibliothèques, l’appui financier à travers les microcrédits, …
  • Activer la justice et la vraie justice pour décourager tous ces violeurs qui violent  sans être inquiétés ;
  • La poursuite d’accompagnement des jeunes par les ECF Solutionneurs disponibles et encourager l’action patriotique et volontaire des ECF.

L’ENFANT CONGOLAIS DU FUTUR, … éduquons-le ensemble ! #succès

Pierre Kahambwa, ECF Mentor. Assistant d’Université