intelligenceS, Non classé — 27 avril 2019 at 16 h 12 min

#4. Éducation: l’école doit se réinventer…

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Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents (…) et arrachez votre patrimoine culturel.

Cheikh Anta Diop

Médiocre ! L’un des mots les plus célèbres désormais en Rdc depuis le 31 décembre 2017. Prononcé par un cardinal dans sa communication faisant le bilan d’une action dite pacifique contre le pouvoir en place, ce qualificatif est utilisé à tort et à travers par des citoyens lambda. C’est d’ailleurs avec complaisance que l’on peut l’entendre par ci par là comme pour se défouler, mais en réalité pour se déresponsabiliser davantage.

Curieux ; il n’y a pas que les gens « de basses classes » en République Démocratique du Congo qui trouvent du plaisir en le prononçant. Les professeurs d’universités aussi. Certains médecins aussi.

Mais si l’on s’exerçait à revenir sur la question des responsabilités, on se permettrait bien de lire entre les lignes pour bien appréhender cet état de chose. Depuis l’aube de l’histoire de la RDC, en effet, l’éducation a bien un chapitre. Un chapitre bien inquiétant à mon avis. Un chapitre qui ne fait que faire ses preuves encore aujourd’hui ; mais pourquoi s’y intéresser directement alors que l’on est trop occupé à pointer l’autre du doigt ? Tout semble s’écrouler ; un chaos qui ne fait que s’amplifier. Il faut bien un responsable et quoi de mieux qu’un responsable apparent ?

En RDC, si tu ne sais pas chanter, ne t’inquiète pas…

… Ce n’est pas ton don divin. Si tu as du mal à développer de grandes opérations mathématiques, tu n’as pas à t’en faire. Tu es certainement fait pour autre chose. Ne t’en fais pas. Si non plus tu n’as pas l’étoffe d’un chimiste, ce n’est pas grave. Ta matière grise est bien disposée à autre chose forcément. Par contre, si tu ne maîtrises pas le français correctement, et bien, tu es un homme ou une femme à abattre et à bannir du pays. Quelles que soient tes compétences.

Des tonnes de blagues dans ce sens peuvent être observées par ci, par là. Chez des joueurs de foot, des musiciens congolais ; plus drôle encore, dans certaines émissions télévisées les plus suivies dans certaines grandes villes du pays. Faire un gros plan sur cette question peut sembler banale au premier regard. Elle regorge, pourtant toute la sauce pour se faire une petite idée du système éducatif congolais. Lequel système est, depuis des décennies, teinté d’un colonialisme sans précédent.

Oui ! Un colonialisme…

En termes de poids, l’on peut s’interroger librement: combien peuvent peser les cours de civisme, d’hygiène, de leadership, de développement personnel par rapport à celui de français dans ce système?  Oui la langue française est fédératrice puisque, dans la mesure du possible, un congolais de Kikwit peut aisément communiquer avec celui de Kindu grâce à cette langue. Mais est-ce le seul élément indispensable au développement de ce pays ? Développement qui se veut être celui du Cerveau et de l’Esprit et non pas le développement par la brique, l’acier et le béton.

Et même dans cet apprentissage acharné du français, où est-ce que l’accent était-il placé ? Sur le parler ou sur la lecture d’ouvrages intéressants ? Pour ceux qui ont inspiré ce système, ce dernier était parfait puisque ses initiateurs (les colons) cherchaient à former des congolais capables de comprendre les ordres et de les exécuter fidèlement. Pourquoi devraient-ils en faire des citoyens responsables, autonomes, dotés d’un leadership hors du commun ? Pourquoi en faire des lumières ?

Des citoyens au sens premier du terme ? Pourquoi ? En réalité, il leur fallait simplement des gens à manipuler à volonté. Il est impossible de planter une graine de maïs et espérer récolter du blé dit-on.

Nos dirigeants nous ressemblent

Je pense, personnellement, que ceux qui dirigent ce pays à tous les niveaux ne sont que des reflets fidèles de notre société. Ils font partie intégrante de cette société, de cet environnement. Ils ne peuvent donner que ce qu’ils ont. D’ailleurs, en se complaisant de crier sur le toit « Médiocre », nous affirmons inconsciemment le fait que nous accusons un très grand retard sur le plan du leadership et du développement personnel parce que dans le cas contraire, nous devrions nous rendre compte de notre part de responsabilité.

Si à ce jour, nous ne nous rendons pas compte que nous avons créé des francophones plutôt que des citoyens leaders qui savent s’exprimer en français ; si jusqu’alors, nous ne nous rendons pas compte que nous n’avons fait que créer des universitaires et surtout pas des entrepreneurs conscients et curieux, alors, l’heure est grave et il est temps de réformer les choses dans l’autre sens.

L’école en Afrique doit se réinventer…

Il est plus qu’urgent de réinventer l’environnement de nos Enfants pour espérer créer un nouveau type d’Africains: Celui qui donne des frissons rien que par sa présence, qui ne croit plus au fable parce que le maître l’a raconté, celui qui remet en question tous ces programmes qui se sont installés en Afrique depuis des décennies pour entretenir le chaos, celui qui ne se complait plus à tout demander, mais plutôt qui est fier de donner, celui qui sait que la notion de Créativité n’est pas réservée qu’à une race, et tout ceci par la lumière qu’il portera en lui.

L’ENFANT CONGOLAIS DU FUTUR, … éduquons-le ensemble ! succès

Par Eric Mahemu Imoa, ECF Lubumbashi